UE : sanctions à l'encontre de la Biélorussie

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Quelques extraits du Communiqué de presse « Conclusions du Conseil sur la Biélorussie* » du 15/02/2016

 « …l'UE ne prolongera pas les mesures restrictives pour 170 personnes (LV : dont le président Alexandre Loukachenko*) et trois entreprises, dont l'inscription sur la liste est actuellement suspendue. Le Conseil décide en outre que l'embargo sur les armes et les mesures restrictives concernant les quatre personnes impliquées dans les disparitions non élucidées de deux personnalités politiques de l'opposition, d'un homme d'affaires et d'un journaliste, seront prolongés pour une période de douze mois »

« …Le Conseil a donc décidé d'accélérer la mise en œuvre de mesures destinées à renforcer la coopération entre l'UE et la Biélorussie dans plusieurs domaines économiques, commerciaux et liés à l'aide, dans le but de moderniser le pays et son économie et dans l'intérêt de la population biélorusse, y compris dans la perspective d'une adhésion à l'OMC et en coopération avec les institutions financières internationales, en particulier la BEI et la BERD, conformément à leurs mandats respectifs… »

Voir tout le document : http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2016/02/15-fac-belarus-conclusions/

NB : «Les actes légaux» doivent être publiés dans le Journal Officiel de l'UE le 27 février 2016.

Pour mémoire : l'UE avait déjà suspendu fin octobre 2015 l'application des sanctions contre la Biélorussie.

« Accusé pendant des années de graves violations des droits de l'Homme, de réprimer l'opposition et de museler la presse, M. Loukachenko a multiplié les signes d'ouverture en 2015… », explique sur son site la RT France https://francais.rt.com/international/16286-ue-sanctions-contre-belarus-definitivement

Dès le début de la crise ukrainienne, Président Alexandre Loukachenko** (souvent traité par la presse américaine et européenne de « dernier dictateur d’Europe ») s’est positionné à son avantage, s'imposant comme médiateur, en accueillant à Minsk Angela Merkel, François Hollande, Vladimir Poutine et Petro Porochenko. C’est encore à Minsk que cet homme politique habile a réussi à créer le terrain où les représentants du « Kiev officiel » et les « séparatistes pro-russes » se sont installés à la table de négociation.

* Nom officiel : République de Biélorussie
(NB : les autorités biélorusses recommandent « République de Bélarus ». L’ONU emploie « République du Bélarus ». La forme recommandée par la Commission générale de terminologie et de néologie est : « République de Biélorussie ».)

Nature du régime : République présidentielle
** Chef de l’État : Alexandre LOUKACHENKA*

Source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/bielorussie/presentation-de-la-bielorussie/

 Âgé de 61 ans (au moment des présidentielles en octobre 2015), Alexandre Loukachenko a obtenu son cinquième mandat avec le score le plus élevé qu'il ait jamais eu. Au pouvoir depuis 21 ans, le président sortant a été réélu avec 83,49% des voix.

Voir l'historique :

- Décision 2012/642/PESC du Conseil du 15 octobre 2012, concernant des mesures restrictives à l'encontre de la Biélorussie

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32012D0642&rid=7

Décision (PESC) 2015/1957 du Conseil du 29 octobre 2015 modifiant la décision2012/642/PESC concernant des mesures restrictives à l'encontre de la Biélorussie

http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32015D1957&rid=6

LE PRESIDENT BIELORUSSE N'EST PLUS UN "MAL ABSOLU" POUR L'OCCIDENT

MOSCOU, 6 octobre 2014 - RIA Novosti (agence de presse russe)

La télévision biélorusse a diffusé samedi dernier l'intégralité de l'interview du président Alexandre Loukachenko accordée à la chaîne Euronews (NB : interview – 8 min - à Euronews, voir p. 3-5), écrit lundi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

Les observateurs et les psychologues locaux constatent que le chef de l'Etat était flatté par sa prestation d'homme politique de niveau mondial, mais qu'il était très réticent à parler des actions et du rôle de la Russie dans le conflit ukrainien.

Euronews a accordé au président biélorusse 8 minutes d'antenne vendredi. Samedi, la télévision biélorusse diffusait la version longue de l'interview, soit une demi-heure. Les observateurs du pays estiment qu'Alexandre Loukachenko n'a fait aucune déclaration sensationnelle, hormis peut-être en se disant prêt à envoyer en Ukraine des casques bleus biélorusses.

Ses déclarations d'importance publique ont été diffusées sur Euronews: il a dit refuser de reconnaître les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, et rejeter la position de la Russie qui a décidé de reprendre la Crimée "sous prétexte qu'un jour elle a été incorrectement rattachée à l'Ukraine". Par ailleurs, dans la version longue de l'interview, on peut voir à quel point le journaliste a eu du mal à lui faire répondre aux questions concernant la Russie. Loukachenko cherchait visiblement à respecter un certain équilibre. D'une part, il ne pouvait pas se prononcer contre un allié – les négociations sur les tarifs pétroliers pour la Biélorussie sont en jeu - et de l'autre, il n'est pas solidaire avec toutes les actions de son voisin.

Les esquives permanentes de Loukachenko ont exaspéré le correspondant Sergio Cantone, qui a même formulé un reproche au président biélorusse: "Je vois que vous avez des choses à dire, mais vous ne voulez pas… Je suis donc obligé de poser beaucoup de questions". "La discussion est difficile", a résumé Loukachenko.

Selon les experts biélorusses, le président cherchait à profiter au mieux de la situation - sachant que manœuvrer entre l'est et l'ouest pour tenter d'en tirer profit est une stratégie habituelle du chef de l'Etat. Dans le cas présent, "son apparition sur une chaîne européenne est le signe d'une nouvelle situation géopolitique et la reconnaissance d'un nouveau statut pour Loukachenko en Europe", estiment les analystes de Minsk.

"La crise ukrainienne a exercé un immense impact sur la sécurité internationale, notamment en Europe centrale et de l'est. Tous les Etats de la région doivent s'adapter à la nouvelle situation. La crise ukrainienne a également eu beaucoup d'influence sur la Biélorussie et sa politique nationale", estime le politologue biélorusse Valeri Karbalevitch. "La sécurité est passée au premier plan pour la population, la demande d'un pouvoir fort a augmenté. C'est pourquoi la cote de Loukachenko monte et que la confiance accordée à l'opposition, qui est assimilée au Maïdan, à la révolution et au chaos baisse", pense l'expert. (LV)

Le politologue Vitali Tsygankov affirme que la présence de Loukachenko sur une chaîne européenne et la détente dans les relations avec l'UE et les USA résultent directement des événements en Ukraine. "Loukachenko n'est plus un mal absolu ni pour l'Occident, ni pour la majeure partie de la population, ni même pour l'opposition biélorusse", conclut l'expert.

LOUKACHENKO REDEVIENDRAIT-IL FREQUENTABLE ?

26 septembre 2014, Nezavissimaïa Gazeta (Ru)

Le "dernier dictateur d'Europe" semble sortir du purgatoire. A la faveur de la crise ukrainienne, Minsk est propulsé sur l'avant-scène politique européenne.

S'il y a un pays qui a profité de la crise ukrainienne, c'est la Biélorussie. L'attitude envers cet Etat dirigé par le "dernier dictateur européen” change à vue d'œil. Cette semaine à New York, parallèlement au Sommet sur le climat de l'ONU, se tenait un forum d'investissement justement axé sur la Biélorussie. Lors d'une rencontre avec le Premier ministre biélorusse, Mikhaïl Miasnikovitch, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui évoquait encore il y a peu de possibles sanctions contre le régime autoritaire de Minsk, a remercié le gouvernement biélorusse et particulièrement le président Alexandre Loukachenko pour avoir orchestré les négociations entre Kiev et Moscou, et désamorcé la guerre en Ukraine.

 

De même, le prochain forum mondial de la Confédération syndicale internationale pourrait avoir lieu à Minsk. Dans les prochains jours, la Biélorussie accueillera une délégation de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) chargée de sonder l'étendue des difficultés économiques du pays. Quant aux hommes politiques du Vieux Continent, ils ont radicalement changé de ton vis-à-vis de Loukachenko.

Les relations entre l'Occident et la Biélorussie se réchauffent, mais ce n'est pas uniquement grâce aux négociations pour la résolution du conflit russo-ukrainien. Et certainement pas grâce à un quelconque progrès dans le respect des normes démocratiques, car, de ce point de vue-là, rien n'a changé en Biélorussie.

 

AFFAIBLIR L'UNION DOUANIERE

La guerre en Ukraine a renforcé chez les Occidentaux l'idée que l'Union économique eurasiatique [ou Union douanière, qui réunit, pour l'instant, la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan] n'est pas aussi inoffensive politiquement que voudrait le faire croire le Kremlin. Minsk et Astana semblent être du même avis, puisque leur principale condition pour y adhérer était son caractère apolitique. L'Occident tente donc, de manière opportune, d'affaiblir les liens entre les pays de l'Union douanière en se rapprochant de la Biélorussie et en faisant miroiter l'idée au Kazakhstan de son intégration à l'OMC. Le raisonnement est simple : puisqu'on ne peut empêcher l'Union douanière d'exister, tâchons de peser sur elle, par le biais des autres membres que la Russie, en particulier la Biélorussie.

Alexandre Loukachenko, au fil des années passées à la tête de la Biélorussie, a démontré son habileté dans le jeu politique. Sa stratégie de la girouette entre l'Occident et la Russie a jusqu'ici été payante. Dans le contexte de la crise ukrainienne, cette ligne ne peut qu'être gagnante. Loukachenko va pouvoir se servir à la fois de Moscou, qui ne veut pas perdre son partenaire, et de l'Occident, qui ne veut pas d'une Russie plus forte et encore moins du développement de l'Union douanière. 

Conscient de son avantage, Loukachenko est déjà entré en scène. Il a déclaré que l'embargo russe sur les produits européens était défavorable à Minsk. Au passage, il a invité les investisseurs qui quitteraient la Russie à venir chez lui et à transférer leurs capitaux des banques russes vers les banques biélorusses, ces dernières bénéficiant de la garantie de l'Etat.

 

FAIRE DE MINSK UN PONT ENTRE L'EST ET L'OUEST

Bien sûr, Loukachenko pourrait continuer à faire la girouette ainsi, avec un profit à court terme. Mais comme tout homme politique doué de clairvoyance, il ne peut que sentir que le moment est venu pour le pays d'avancer de manière significative sur l'échiquier politique mondial avec quelques transformations minimes de sa politique intérieure.

Les négociations sur l'Ukraine, ce n'était qu'un début. Loukachenko pourrait essayer de transformer Minsk en "plateforme mondiale" des relations entre la Russie et l'Occident, entrés dans un conflit qui risque de durer. Ou encore en place boursière de l'UE et de l'Union douanière, d'autant que les Européens songent déjà à créer une zone de libre-échange avec cette dernière.

Un tel projet, qui pourrait propulser la Biélorussie sur l'avant-scène de l'Europe, améliorer son image et lui offrir des retombées économiques non négligeables, ne peut qu'intéresser Alexandre Grigorievitch Loukachenko, qui n'a de cesse de prédire un destin hors du commun pour son pays. Faire de la Biélorussie un pont entre l'Europe et la Russie, voire entre l'Est et l'Ouest, pourrait devenir l'unique objectif de l'Etat biélorusse, justifiant ainsi son “destin hors du commun”.

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