ECONOMIE RUSSE : après le coronavirus (juin 2020)

Vu de l'occident : Vladimir Poutine dévoile un plan de relance sans précédent face à la crise

Afin de contrer la crise du coronavirus, qui a frappé une économie déjà atone, la Russie a annoncé un plan de relance de 65 milliards d'euros pour arriver à une croissance pérenne fin 2021.

La Russie ne lésine pas sur les moyens face à la crise. Un plan de relance inédit de 65 milliards d'euros sera mis en oeuvre pour "stabiliser la situation" d'ici la fin de l'année, pour arriver ensuite, "aux 3e-4e trimestres de 2021, à une croissance pérenne de l'économie", a dit le Premier ministre Mikhaïl Michoustine lors d'une réunion en visioconférence avec le président Vladimir Poutine retransmise à la télévision. Les autorités ont dit s'attendre à une chute du PIB de 9,5% au deuxième trimestre et de 5 à 6% sur l'ensemble de l'année 2020. Elles espèrent que l'économie russe se rétablira en 2021 avec un retour à son niveau d'avant la crise en 2022.

"C'est d'une importance cruciale que de résoudre les graves problèmes du moment", a dit M. Poutine, relevant que "tous les domaines de la vie" ont été touchés par la crise provoquée par l'épidémie. Si le plan de relance est bien sûr loin des montants débloqués dans l'Union européenne ou aux Etats-Unis, il n'en reste pas moins très important pour la Russie. Mais M. Michoustine est resté vague, se bornant a indiquer qu'il consistait en "près de 500 mesures concrètes" sur deux ans, sans en révéler le détail.

 

 

Il n'a pas non plus précisé comment en est organisé le financement, alors que jusqu'à présent la Russie s'est gardée de toucher à ses réserves: les quelque 130 milliards d'euros de son Fonds souverain, constitué ces dernières années grâce à un cours du pétrole favorable. Selon l'agence publique TASS, le plan comprend des aides aux PME, des investissements notamment dans les infrastructures via des partenariats public-privé, un soutien aux exportations et au développement d'alternatives aux importations. Il s'agit aussi de développer le tourisme intérieur et l'innovation technologique.

Si le gouvernement veut "assurer le rétablissement de l'emploi et des revenus" des Russes, M. Michoustine a aussi promis des "changements structurels à long terme" pour l'économie russe, très dépendante des exportations en hydrocarbures et qui peine depuis des années à se diversifier. Il s'agit là d'une des grandes ambitions de Vladimir Poutine, annoncée depuis des années. Avant la crise du nouveau coronavirus, il avait confié d'ailleurs à son nouveau Premier ministre la tâche de mettre un coup d'accélérateur à ses "projets nationaux" visant à moderniser le pays. Ceux-ci avaient été annoncés début 2018 mais leur mise en oeuvre a jusqu'ici été minimale, malgré un budget de 25.700 milliards de roubles (334 milliards d'euros).

 

 

Pour l'économiste Sergueï Khestanov, le plan de relance est avant tout une "déclaration de bonnes intentions". "Le gouvernement adoptera très probablement une attitude attentiste" en concentrant son soutien aux grosses entreprises et compagnies aériennes, explique-t-il à l'AFP. Pour les autres entreprises, "ce sera comme avec des fleurs sauvages: s'il y en a, très bien. Si elles meurent, d'autres pousseront", résume-t-il. Selon lui, les autorités resteront réticentes à toucher aux réserves à cause du traumatisme du défaut de paiement russe de 1998. Elles feront néanmoins le nécessaire pour éviter l'"explosion sociale", alors que le pouvoir d'achat des Russes est à la peine depuis des années, notamment du fait des sanctions internationales décidées depuis l'annexion russe de la Crimée ukrainienne en 2014.

 

 

Avant la pandémie, les autorités avaient présenté 2020 comme celle d'un nouveau départ économique après une année 2019 atone, avec 1,3% de croissance. La Russie avait déjà annoncé ces dernières semaines une batterie de mesures de soutien, comme des crédits d'impôts, des allocations familiales exceptionnelles et des aides à des secteurs entiers de l'économie comme l'aviation ou l'automobile.

https://www.capital.fr/entreprises-marches/vladimir-poutine-devoile-un-plan-de-relance-sans-precedent-face-a-la-crise-1371520

Vu de Moscou : Poutine approuve le plan du Cabinet comme base de la reprise économiqueLe président russe Vladimir Poutine a déclaré que la mise en œuvre du plan de relance économique devrait commencer en juillet

https://tass.com/economy/1163175

NOVO-OGARYOVO, 2 juin. / TASS /.

 

"Le gouvernement dans son ensemble et nos autorités ont en effet accompli un travail important et sérieux et préparé le terrain. Je pense que le document présenté peut être pris comme base", a déclaré M. Poutine.

Le chef de l'Etat a précisé qu'il poursuivait "une série de réunions sur des problèmes d'industries spécifiques".

 

"Nous discuterons des mesures de soutien à l'industrie légère demain [le 3 juin - TASS].

 

En outre, nous discuterons des tendances macroéconomiques clés et des questions liées à la planification budgétaire dans un proche avenir", a noté M. Poutine.

 

Le président russe a déclaré que la mise en œuvre du plan de relance économique devrait commencer en juillet. Il a chargé le gouvernement de continuer à définir les paramètres finaux du plan économique avec les associations professionnelles... "Je vous demande d'ici la deuxième quinzaine de juin de décider enfin des paramètres du plan d'action." 

Parallèlement, le coût de mise en œuvre du plan de relance économique pour la Russie en 2020-2021 totalisera environ 72,7 milliards de dollars, a déclaré le Premier ministre Mikhail Mishustin. Le plan élaboré par le Cabinet contient environ 500 mesures spécifiques. 

 

POUR MEMO :

 

23/12/2019 
 

...Comme toujours, les enjeux liés aux pipelines sont profondément stratégiques. Décryptage.

 

Trois gazoducs russes sont entrés, ou vont entrer, en fonction en 2019 et 2020 : Nord Stream 2, pour les livraisons de gaz en direction de l’Europe occidentale, Turkish Stream, en direction de la Turquie, Force de Sibérie, en direction de la Chine.

 

Comme l’écrit le magazine analytique russe Expert, “les analystes sont convaincus que ces trois projets apporteront à la Russie des profits économiques et politiques à long terme”. Pour The Economist, “l’achèvement par Gazprom, le géant d’État, de trois mégaprojets de gazoducs en 2019 aura des retombées géopolitiques dans le monde entier et constitue un défi géopolitique pour l’Occident”. Depuis la fin de la guerre froide, les exportations de gaz naturel de la Russie servent en effet tout autant à promouvoir les intérêts économiques du pays que les intérêts stratégiques du Kremlin.

 

L’Europe et le gaz russe. Les capacités d’extraction de la Norvège se réduisent progressivement, et l’Europe ne veut pas dépendre trop du gaz russe. Dans le même temps, les exigences écologiques se prononcent en faveur du gaz plutôt que du charbon. Le volume de consommation de gaz de l’Europe au cours des dernières années oscillait entre 510 et 530 milliards de mètres cubes par an. Outre la Russie, les pays qui l’approvisionnent sont la Libye, le Qatar, l’Algérie, le Nigeria. La part du gaz russe représente 34 % de ce volume. Les groupes de consulting IHS Markit et Wood Mackenzie, cités par Expert, prévoient une augmentation de cette part, à l’horizon 2035, jusqu’à 38-41 %. 

 

Gazprom est la plus grande compagnie énergétique de Russie. Elle a été fondée en 1989, et 50 % de son capital est détenu par l’État. Spécialiste de l’extraction, du traitement et du transport du gaz, elle contrôle 17 % des réserves de gaz mondiales, 72 % des réserves russes et le plus grand système de gazoducs au monde, soit 172 000 kilomètres. Elle livre du gaz dans 30 pays, emploie 466 000 personnes et son chiffre d’affaires s’élève à 118 milliards de dollars pour 2018. Gazprom est aussi un acteur majeur sur le marché mondial du pétrole. Sa puissance fait de ce géant de l’industrie de l’énergie une véritable arme géopolitique, considérée même comme un “cheval de Troie” de la Russie dans les pays d’Europe de l’Est anciennement satellites de l’Union soviétique.
Nord Stream 2, en direction de l’Europe occidentale...

[...]
Laurence Habay

https://www.courrierinternational.com/grand-format/le-monde-en-cartes-comment-la-russie-assoit-sa-puissance-sur-les-gazoducs

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